Pierre Rabadan : « Un énorme défi »

Publié le 25/04/2014
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A une semaine de l'ultime match de la saison régulière contre Toulon à l'Allianz Riviera de Nice, Pierre Rabadan nous livre les clés de cette rencontre décisive pour une qualification aux phases finales du Top 14. Celui qui va entamer sa 17ème saison au club l'an prochain fait part de son ressenti en cette période cruciale.

Pierre, on imagine que ces deux semaines vont faire du bien dans les têtes, surtout après avoir renoué avec la victoire contre Bordeaux, et avec la manière ?
Je ne sais pas si cela fait du bien. Personnellement, j’aurais préféré enchainer cette semaine. On sort d’un match plutôt positif avec de nouveau une victoire et le bonus. J’aurais aimé qu’on enchaine sur Toulon car les semaines comme ça où il n’y a pas de matchs c’est toujours particulier. Cela repousse l'échéance mais l’avantage, on va dire, c’est qu’on va peut-être pouvoir récupérer quelques blessés. Donc l’un dans l’autre, cela ne tombe pas si mal. On espère aussi que Toulon va un peu se fatiguer lors de sa demi-finale.

Deux semaines pour récupérer avant le choc décisif contre Toulon... Comment prépare-t-on une telle rencontre ?
Comme je le disais, la préparation est un peu différente pour pas mal de joueurs. Il y en a qui ont eu quelques petits pépins face à Bordeaux. Même cette semaine, on a eu quelques blessés à l’entrainement. Il y aussi des joueurs qui sont partis en vacances parce qu’on devait récupérer une semaine de repos par rapport aux obligations de la convention collective. Malgré tout, certains -comme moi- sont restés à Paris. Pour les autres, ils continuent à bosser physiquement. Mais la préparation de Toulon stricto sensu n’arrivera qu’à partir de lundi.

Dans quel état d’esprit penses-tu que le groupe ira là-bas ?
Dans l’état d’esprit où il faut ramener au minimum un point du déplacement pour jouer la septième place. Et si on veut avoir une chance d’être dans les six, même si on sait que cela ne dépend pas que de nous, il faut se préparer pour essayer d’aller gagner à Toulon. On sait que Grenoble a réussi à le faire cette saison. Seulement, le Toulon d’aujourd’hui n’est plus le même que celui qui a perdu à domicile contre Grenoble. C’est un énorme défi, on a une chance de se qualifier, il faudra la jouer à fond et cela passera par une très grosse performance à Nice. Ils délocalisent le match donc forcément ils vont encore plus avoir envie de le réussir. On connaît le contexte, on sait que ça sera dans tous les cas un match difficile ! Après, nous nous préparerons le mieux possible pour se mettre dans les conditions.

Toulon joue une demi-finale de H Cup à domicile face au Munster. Penses-tu que cela puisse avoir un impact sur votre opposition, en fonction du scénario et du résultat ?
J’espère. Après ils ont mis quelques joueurs au repos à Barcelone face à Perpignan. Et malgré tout, on a vu le niveau de performance qu’ils ont réalisé. On sait qu’ils ont un groupe très étoffé avec des joueurs de qualité, doublé quasiment à chaque poste. Quelle que soit l’équipe qu’on affrontera, on sait que ce sera dur. On espère d’abord qu’ils vont se qualifier pour la finale et qu’ils y laisseront pas mal de jus afin qu’on puisse avoir une chance de se mesurer à eux et les battre dans la foulée.

Pour toi, s’ils perdent leur demi-finale, ça sera encore bien plus difficile ?
Forcément. Je pense que la Coupe d’Europe est un de leurs objectifs, qu’ils veulent réaliser le doublé en Coupe d’Europe. Je suis convaincu, connaissant Bernard Laporte et pas mal de joueurs toulonnais, qu’ils ont envie de le faire. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils lâcheront le championnat. Par expérience, j’imagine que quand tu gagnes une demi-finale de H Cup, c’est plus difficile de se remettre dans le bain du championnat la semaine d’après. Alors que si tu perds, tu as raté un objectif et tu te reconcentres donc vite sur le Top 14.

Qu’est-ce qui fera la différence selon toi ?
Il y a tellement de choses qui peuvent faire la différence. Il nous faudra être un ton au-dessus, largement, de ce qu’on a produit face à Bordeaux et sur toute la durée du match. On sait que c’est une équipe qui, quand elle joue à son meilleur niveau, est difficile à battre. A nous de faire en sorte qu’elle ne puisse pas l’être en lui mettant beaucoup de pression et en essayant de la priver de ballon. Mais il n’y a pas vraiment de paramètres, c’est une équipe dangereuse à tous les niveaux. Il faudra être complet pour espérer faire un résultat là-bas.

« A nous de nous sortir de cette situation »  

Pascal Papé disait que les rencontres face à Bordeaux et Toulon étaient de vrais seizième et huitième de finale. C’est comme cela qu’il faut le voir pour ne pas se dire qu'il s'agit d'un match de championnat à l’extérieur ?
On y sera à l’extérieur. La configuration d’un barrage à l’extérieur nous attendrait si l’on termine cinquième ou sixième du championnat. Là on commence un tour avant, en huitième. Si on a la chance de les battre, et en fonction du résultat de Bayonne - Castres, on pourra peut-être se qualifier en quart. Après, les phases finales sont une autre histoire. 

Et toi, personnellement comment te sens-tu ?
Je suis revenu d’une longue blessure au mollet qui a récidivé. Ça été une période longue et compliquée qui correspondait aux difficultés du club en championnat. C’est dur de ne pas être sur le terrain quand on voit que cela ne se passe pas bien. Ensuite, j’ai repris 20 minutes contre les Harlequins, puis j’ai fait 70 minutes contre Bordeaux avec la sortie de Sergio. J’ai pris un petit « pet » sur les côtes mais physiquement ça va mieux. Je ne suis pas usé par les dernières semaines de match car je n'en ai pas joué beaucoup. J’espère que ça va me donner toute la fraicheur qu’il faut apporter à l’équipe sur la fin de saison, en espérant que le dernier match ne soit pas celui de Toulon.

C’est en cette fin de saison que ton expérience et ton ancienneté au club, comme d’autres joueurs, prennent toute leur importance pour aider le groupe…
J’imagine que cela peut être un point positif. Après le positif se mesurera au résultat. A un moment, tout ne s’explique pas, il faut juste faire en sorte qu’on soit prêt le 3 mai pour se donner une possibilité d’être en phase finale. On s’est mis nous seuls dans cette situation-là, à nous de nous en sortir.

Comment as-tu vécu cette première année à Jean Bouin, dans ce nouveau Stade que tu attendais tant ?
Forcément très bien puisque le stade est magnifique. On a eu dans l’ensemble des résultats positifs avec des bons moments, comme l’inauguration et des matchs de bons niveaux. J’ai tout de même cette petite pointe de déception car j’aurais aimé qu’on finisse invaincus à Jean Bouin cette saison. Maintenant il faut faire avec, je crois que tout le monde a pris ses marques dans le stade ; que ça soit dans la vie quotidienne ou durant les jours de matchs. J’espère qu’on va en faire une maison et un lieu où il sera difficile de venir gagner pour les autres équipes. Pour cette saison évidemment, il n’y a que de bons souvenirs parce que le public est très proche de la pelouse. On sent une vraie chaleur dans les rapports avec les supporters. Ensuite le stade est magnifique, on a beaucoup de chance, il faut s’en souvenir.

Tout le monde espère évidemment que vous jouerez la H Cup la saison prochaine. Cela doit d’autant plus te tenir à cœur que tu as prolongé ton contrat d’une saison…
Exactement. Hormis le fait qu’il ne me reste plus beaucoup de saisons à jouer, je pense que je fais partie de ceux qui ont le plus envie de jouer l’European Rugby Champions Cup, qui remplacera la H Cup. Pour ça, on sait ce que l’on doit faire. J’espère qu’on sera capable de réaliser cette performance contre Toulon.