Bernard Laporte : « Un grand épisode de ma vie »

Publié le 29/11/2013
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Le manager du RC Toulon s’est longuement confié à la veille du match face à son ancien club. L’état d'esprit de ses hommes, l'envie de découvrir Jean Bouin, ses plus beaux souvenirs de l’époque… L’ancien sélectionneur des Bleus brasse tous les sujets possibles avant le choc.

Dans quel état d’esprit sont les Toulonnais à la veille du choc de samedi ?

Vous savez, c’est un championnat très serré, très équilibré. Tous les matchs sont importants, il n’y a pas de match facile et pas de match moins important. C’est comme ça qu’on voit les choses en venant à Paris, avec l’envie de gagner.

On entend dire que Toulon est moins flamboyant que la saison dernière. Mais vous êtes tout de même premiers du Top 14 et premiers de votre poule en H Cup. Ce n’est pas si mal ?

Oui c’est vrai. La saison dernière, on a fait une saison tonitruante où on était premier, on jouait mieux. C’est comme ça. Mais c’est difficile de bien jouer pendant dix mois consécutifs. On le sait. L’année dernière, on avait débuté en fanfare puis on avait eu un coup d’arrêt. Et on avait bien fini… Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. En dehors du fait de bien jouer ou de mal jouer, l’important est d’être dans les matchs, de ne jamais lâcher, de toujours exister.

Comment  jugez-vous le début de saison du Stade Français Paris ?

Je n’ai pas vraiment pour habitude de parler des autres. Mais disons que le club cette année a fait un très bon début de saison ; et qu’il a beaucoup de joueurs de qualité, pas un en particulier.

Pour ce match, les internationaux seront de retour des deux côtés. C’est donc un vrai gros choc en perspective ?

Oui, tout le monde est rentré, plus ou moins fatigué, plus ou moins de bonne humeur en fonction des résultats. C’est normal. Mais effectivement, c’est la première semaine où on a pratiquement tout le monde à l’entrainement.

Et samedi notamment, vous découvrirez le nouveau Jean Bouin. On vous imagine plutôt impatient, non ?

Oui, j’ai envie de le voir de l’intérieur. J’ai habité là-bas pendant sept ans. Ce stade fait partie de ma vie. Aujourd’hui, ce n’est plus le même Jean Bouin, j’ai envie de le redécouvrir. Mais c’est vrai que c’était mon jardin, ma deuxième maison. J’y ai fait beaucoup de choses dans ce stade, j’avais les clés, je me garais dedans, je jouais aux cartes au Club House. Je descendais de chez moi et j’étais au stade. Ça me fera bizarre d’y retourner, c’est évident. J’ai hâte de voir ça !

S’il fallait en ressortir un, quel serait votre plus beau souvenir de Jean Bouin ?

Il y en a beaucoup ! Le moment le plus émouvant pour moi, et de loin, ça été le jour où j’ai été nommé entraineur de l’Équipe de France. Lors de mon dernier match – contre Glasgow de mémoire –  Max Guazzini avait fait distribuer des t-shirts à tout le public avec écrit en blanc « Merci Bernard ». Quand j’étais arrivé au stade, ça m’avait bien ému. Et cette journée l’avait ému aussi, parce que Max avait annoncé au public le soir à Stade 2 que j’allais être nommé entraineur de l’Équipe de France. Ça s’était fait entre le président et Max, mais il n’y avait rien d’officiel. Et le soir après le match – c’était un dimanche – Max avait dit : « Voilà, Bernard va être nommé entraineur de l’Équipe de France ». Tout le monde pleurait ; moi je pleurais. C’était difficile de quitter les joueurs comme ça en milieu de saison… C’était certainement la journée la plus difficile, avec beaucoup de joie aussi. Parce que quand tu vas entrainer les Bleus, t’es content. Mais comme je l’ai toujours dit, j’avais l’impression de les abandonner et d’aller épouser la plus belle des mariées. Il y avait un sentiment de frustration, je me sentais un peu lâche de partir comme ça. Mais bon c’était comme ça. J’avais dit à Max : « Si tu veux que je n’y aille pas, je n’y vais pas ». Parce que ce club c’était … Max et moi, on était main dans la main. On l’a lancé, on l’a créé. Et au bout d’un moment, je m’en vais pour épouser la plus belle… donc pour moi c’était difficile cette journée.

Que retiendrez-vous plus globalement de vos (très riches) années à Paris ?

Pas une chose en particulier, les titres qu’on a gagnés... En 1998, la première finale au Stade de France, c’est nous qui l’avons remportée.  Ça restera gravé à jamais. Ce qui est bien, c’est d’avoir ressuscité ce club. On l’a pris en troisième division avec Max, on a gravi les échelons et on en a fait le meilleur club de France. Je me dis que s’ils sont là, on y est peut-être aussi pour quelque chose. Ça a été un grand épisode de ma vie ; un très grand moment de vie et d’amitié avec Max ainsi qu’avec tous les joueurs côtoyés.

Quelle est la première chose à laquelle vous penserez en arrivant dans ce nouveau Jean Bouin ?

J’ai beaucoup d’amis à Paris. Ce qu’il faut, c’est toujours garder le respect. Et j’ai beaucoup de respect pour eux. Quand je dis que je suis content qu’ils fassent un bon début de saison, quelque part, c’est à cause d’eux aussi. Et si je n’arrive pas à les battre, quelque part... A chaque fois que le Stade Français était en difficulté les saisons dernières, ça me faisait mal au cœur. De les voir retrouver un certain enthousiasme, une certaine qualité, ainsi que la victoire… Après personnellement, je suis dans un club concurrent, mais au fond de moi il faut dire les choses comme elles sont : je préfère que ce soit eux qui gagnent plutôt que d’autres !