A trois jours de la réception de Clermont au Stade de France pour le compte de la 20ème journée de Top 14, Pierre Rabadan - l'homme aux plus de 300 matches avec le SF Paris - s'est confié. Au menu : sa prolongation de contrat, le nouveau Jean Bouin et les clés de la rencontre face à la redoutable machine auvergnate.Tu viens de prolonger ton contrat d'un an avec le club. Est-ce qu'on peut dire que tu es « l'homme d'un seul club » ?De deux clubs pour être tout à fait précis, parce que j'ai commencé à Aix-en-Provence ! Mais pour la période professionnelle, oui je suis bien « l'homme d'un seul club » (sourire). Je suis surtout content d'avoir prolongé parce que je suis attaché à Paris après toutes ces années passées ici. Et parce qu'on va aussi entrer dans une autre dynamique avec le nouveau Jean Bouin. Moi qui ai joué dans l'ancien stade, il nous manque tellement aujourd'hui que je suis vraiment ravi de pouvoir découvrir ça.
Tu n'aurais pas quitté Paris sans avoir vu le nouveau Jean Bouin donc ?Cela aurait été dommage. J'ai fait toute ma carrière professionnelle ici, j'ai connu différents stades à différents moments, aussi bien dans les infrastructures que dans le sportif. J'espère que tout va s'améliorer l'année prochaine.
Tu as connu toutes les périodes majeures du club. Jean Bouin, c'est le début d'une nouvelle ère pour toi ?J'espère bien. Ce projet fait partie de nos attentes en terme de vie quotidienne. La mairie a fait tout ce qu'il fallait pour qu'on ait des infrastructures à disposition jusqu'à aujourd'hui. C'est même la première fois qu'on avait des installations regroupées. Mais c'est vrai qu'on aspire à autre chose car on se compare toujours à ce qui se fait ailleurs. Quand on voit le projet de Jean Bouin, on a envie d'en profiter. Ce n'est pas ce qui nous fera gagner les matches mais ça participera à un travail de meilleure qualité tout au long de l'année. On a hâte. Le Stade Français Paris est lié à Jean Bouin de par son histoire et c'est important qu'il retrouve un peu ses racines. Et pour ne rien gâcher, l'enceinte est magnifique. On va retourner dans un quartier qu'on connait bien et qui est le centre névralgique du sport parisien. Plein de bonnes choses en perspective mais l'essentiel est de retrouver un niveau de performance plus satisfaisant que celui que l'on a depuis plusieurs saisons.
Ta prolongation s'inscrit dans une phase globale de renouvellement de contrats, comme ceux d'Anton Van Zyl, Pascal Papé ou encore Sergio Parisse. Cette stabilité de groupe a-t-elle aussi pesé dans ton choix de continuer l'aventure ? C'est un élément qui a joué. Quand on a de bons joueurs, c'est importants de les garder. Après on voit que notre classement et nos résultats actuels nous incitent aussi à nous renforcer. Le fait que toutes les autres équipes se renforcent chaque année de manière significative nous pousse à cela. Garder nos meilleurs joueurs et s'appuyer sur un socle solide est important, mais en terme de performance, pour pouvoir être compétitif dans le championnat, il faut compter sur des joueurs de qualité à tous les postes. J'espère que le club sera en mesure de répondre à cette attente là.
Ce samedi, Paris reçoit Clermont au Stade de France. Est-ce que tu prépares toujours ces matches de la même manière, toi qui as une grande expérience de ces évènements ?Ça reste un match très particulier. J'en ai joué beaucoup et c'est un évènement à ne pas galvauder. C'est une chance que le Stade Français Paris a de pouvoir jouer dans cette enceinte magnifique. Il n'y a donc aucune routine dans la manière de se préparer. Je suis très content d'y aller à chaque fois et c'est souvent contre de très bonnes équipes. Ça met aussi une petite pression supplémentaire parce que l'on sait que le club travaille dur pour ces délocalisations. Et puis c'est un match que les gens suivent davantage, de par la qualité de l'adversaire et le fait qu'il ait lieu au Stade de France. Il faut avoir conscience que ce sont des moments importants et faire le maximum pour être à la hauteur de l'évènement.
Après la défaite à Perpignan, et pour reprendre une expression récente de Pascal Papé, ce choc contre Clermont c'est finalement un peu "marche ou crève" ?Vu nos résultats, on n'a plus aucune marge de manoeuvre. Le moindre match perdu sera éliminatoire (dans l'optique d'une qualification pour les phases finales, ndlr). Pour l'instant on est invaincu à domicile... Il faut avoir conscience de la situation. Clermont est une grosse machine qui tourne maintenant depuis plusieurs saisons et fait partie des deux meilleures équipes françaises. Elle est très difficile à jouer et on ne s'est pas mis dans les meilleures dispositions pour les accueillir en pleine confiance. Ce sont des matches à gagner dans tous les cas mais là c'est encore plus capital pour nous.
On se souvient qu'au match aller, la victoire finale s'est jouée de peu (défaite 25-28, ndlr). Faudra-t-il s'appuyer sur ce qui a été fait là-bas ?On a fait de bonnes choses à Clermont, notamment les déstabiliser grâce à un de nos joueurs qui avait plané durant toute la rencontre (Waisea Vuidravuwalu, ndlr). Après, tous les matches ne se ressemblent pas. Et même s'il faudra s'en inspirer, la réponse sera cette fois plus collective. Il faudra être capable de contenir leurs individualités qui sont très fortes. A l'aller, on avait quasiment mené toute la rencontre pour perdre à la fin... Alors peut-être que cette fois nous serons menés tout le match pour gagner ? (sourire)
Avec Clermont et Mont-de-Marsan, ce sont deux matches à domicile qui se profilent. Une manière de bien se positionner pour le sprint final ?En quelque sorte. C'est surtout essentiel pour garder un petit espoir de qualification. Il nous reste 7 matches, il faudra en gagner 6. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas ou qu'on a été surpris. Nous n'avons pas été en mesure de nous mettre en position favorable. On sait que ce ne sera pas facile car il reste beaucoup de gros matches. Le niveau des équipes qui veulent se qualifier est élevé. Et il est important de se hisser à ce niveau-là.
Donc tu dirais que c'est plutôt une fin de saison crispante ou excitante ?Pour moi, c'est clairement excitant. Je n'ai pas beaucoup joué ces derniers temps et ça va me faire du bien. Et puis, on est déjà impatient pour samedi. Personnellement, j'aime bien jouer contre Clermont car ce sont toujours des matches avec beaucoup de temps de jeu, dans lesquels personne ne triche et finalement très proches des matches de haut niveau. On ne gagne pas toujours mais il y a souvent du spectacle et un rugby de qualité.
Pour ce match, vous avez reçu les conseils de John McClane (voir ici). Comment avez-vous vécu cette "opération" ? C'est vrai que ma carrière a été construite dans une certaine dualité. Être capable de faire des choses un peu décalées, sans se prendre au sérieux, mais en gardant toujours en tête la priorité qui est de répondre présent sur le terrain. Ces opérations font partie de l'ADN du Stade Français Paris et c'est important qu'elles continuent. On est un club qui s'est construit sur cette image et qui ressemble quelque peu aux personnes qui le font vivre. Ce genre d'opération est bien évidemment faisable aussi dans la performance. Mais sinon, ça a été une très belle chose de recevoir les conseils de John !